samedi 26 novembre 2016

Chanson d'automne

Non, ce n'est pas moi qui sanglote ! Juste le temps, le temps d'automne qui pourtant, parfois, ose un sourire à travers ses larmes. Et le vent fou peut avoir des rigueurs de balayeur municipal quand il canalise les feuilles des platanes...

Les sanglots longs
Des violons
De l'automne
Blessent mon coeur
D'une langueur
Monotone.

Tout suffocant
Et blême, quand
Sonne l'heure,
Je me souviens
Des jours anciens
Et je pleure

Et je m'en vais
Au vent mauvais
Qui m'emporte
Deçà, delà,
Pareil à la
Feuille morte.
 
                                                                                Verlaine encore, toujours...


dimanche 20 novembre 2016

Il pleure dans mon coeur

Poème de saison et de circonstance météo, chez nous !

Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon coeur ?

Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un coeur qui s'ennuie,
Ô le chant de la pluie !

Il pleure sans raison
Dans ce coeur qui s'écoeure.
Quoi ! nulle trahison ?...
Ce deuil est sans raison.

C'est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon coeur a tant de peine !
Verlaine 
 

mardi 15 novembre 2016

La star

Quand on parle beaucoup d'elle, la lune finit par se prendre pour une étoile !

 

jeudi 10 novembre 2016

Retour

Finalement, c'est ici que je vais mettre ce qui aurait dû être le début de ma nouvelle de cette année pour l'atelier. Je me suis aperçu que ça ne collerait pas avec les différentes consignes, surtout quand une histoire est écrite à plusieurs mains.

Les possibles restent ouverts pour une suite plus tard, dans une autre vie sûrement, bien que je ne sois pas encore entrée dans la peau d'un chat, du moins ici !




Plus d’un an enfermé dans une case de torchis, forcément, ça laisse des traces…
Quatre cent vingt jours exactement, sans autres contacts que les visages indifférents, parfois haineux ou les regards fuyants de geôliers qui s’attardaient le moins possible près de moi, sans autre distraction que de graver les barreaux de ma liberté perdue sur la paroi, de voir l’ombre d’un eucalyptus se balancer sur l’écran blanc d’un mur borgne en face de la minuscule ouverture de mon cachot ou de surprendre, à la tombée de la nuit, la silhouette furtive et équivoque d’une hyène…
J’avais fini par m’habituer à cette semi obscurité. On s’habitue à tout, dit-on. Si bien que j’ai à peine eu le temps de capter l’étonnement dans les yeux des soldats avant de fermer les miens sur le soleil aveuglant qui s’est coulé dans le réduit quand ils ont fracturé la porte à coups de crosse. J’étais à nouveau libre mais je peinais à distinguer les choses et les gens autour de moi. Puis, peu à peu, l’ocre du pisé, le rouge de la terre, le vert kaki des treillis, le bariolage de beige des véhicules sont venus compléter les couleurs claquantes des vêtements qui séchaient, les boubous des femmes qui serraient des enfants apeurés contre elles et les visages d’ébène des hommes rassemblés sur la place, sous le bleu pur du ciel. Ce fut une des dernières images que j’ai emportée d’Afrique, la même, à peu de chose près – les militaires – que celle qui m’avait été offerte à mon arrivée, cinq ans auparavant, comme géologue d’une exploitation minière plus haut dans le nord du pays. Les luttes tribales, puis d’autres intérêts, avaient détourné le cours de mon histoire pour faire de moi un otage.

Plus de deux mois que je suis rentré en France. Dans ma famille, d’abord. Mais je n’ai pas été long à m’agacer des airs compatissants, faussement ou inutilement compréhensifs des voisins, des amis, de leur curiosité aussi que je pouvais comprendre, mais pas supporter, de l’affection étouffante dont ma mère m’entourait, des tentatives repoussées de la presse locale pour gonfler une information basique et sans beaucoup de relief. J’ai préféré retrouver l’anonymat de mon quartier parisien. J’avais gardé mon appartement comme pied-à-terre pour les séjours professionnels que je faisais une ou deux fois l’an et qui me permettaient de rassurer mes parents sur ma forme physique. Le reste du temps, je passais mes temps de repos à visiter les pays voisins. J’avais noué quelques solides amitiés avec des gens de toutes origines, de toutes religions, dont nombre d’expat’ comme moi. Où sont-ils aujourd’hui ? Deux ont été tués dans l’échauffourée où j’ai été pris, certains courriers me sont revenus et d’autres sont restés sans réponse. Je parle de tout ça avec le psy qui m’a été dévolu, on m’a dit que c’était le protocole appliqué à tous les gens dans mon cas.
Ici, je suis un individu lambda qu’on croise dans la cage d’escalier ou au tabac-journaux du coin. Je n’ai pas été suffisamment présent pour que les gens gravent mon image dans leur mémoire et fassent le lien avec la photo de l’homme amaigri et barbu qu’ils ont vu dans les quotidiens ou entraperçu au journal télévisé.
Cela me convient parfaitement. Á quarante ans, je suis plutôt un « taiseux », comme on dit chez nous, et ça a été un handicap, dans ma jeunesse, auprès des filles surtout. Je n’ai jamais été de ceux qui mettent l’ambiance et je participais un peu trop calmement aux débordements juvéniles pour qu’on m’invite souvent. Une femme, pourtant, s’en est accommodée et a fait un bout de chemin avec moi. Mais elle avait sa carrière ici, on m’a proposé un poste en Afrique, et voilà… J’ai vu une pointe de regret et beaucoup de tendresse dans ses yeux lorsque nous nous sommes dit « adieu ». C’était pareil pour moi. Il faut croire que nous avions confondu confort et amour. Nous nous sommes écrit, deux fois en cinq ans, au tout début, et puis plus rien. Je suis revenu mais je ne chercherai pas à la revoir.

Aujourd’hui je dois sortir. Je n’aime pas beaucoup mettre le nez dehors, en dehors des courses indispensables – que je me fais livrer la plupart du temps – et de mon footing matinal et quotidien, à l’heure des voitures-balais et de l’ouverture des premiers bistrots. Au toubib qui me demandait « Pourquoi si tôt ? », j’ai répondu que je voulais passer inaperçu, que je n’étais pas encore prêt pour le contact. Il a gribouillé sur son calepin sans dire un mot de plus. Bien sûr, c’est dans ma tête, tout ça, mais comment expliquer que je suis encore prisonnier de ce silence qui m’a été imposé trop longtemps, même pour moi ?
Donc aujourd’hui, je dois me rendre au siège de mon employeur pour continuer à démêler une situation administrative un peu complexe. Personne ne m’a proposé un nouveau poste. La mine où je travaillais a été nationalisée et de nombreux employés ont été rappelés de différents sites et recasés sur d’autres, plus sécurisés, moins éloignés. Moi, je n’étais pas là le jour de la distribution. La Direction est « profondément désolée », elle « comprend bien » - ah oui ? – « mais il faut que je comprenne, aussi ! »…
Ils n’en ont rien à foutre de moi mais trop faux-culs pour me le dire clairement, et pourtant ça se voit comme le nez au milieu de la figure ! Je dois pourtant les rencontrer, jusqu’à ce que mon dossier soit clair et que je puisse sereinement envisager un autre job. L’avocat que j’ai pris pour m’épauler est confiant : avec mon expérience, je trouverai.
Je médite là-dessus en regardant les minuscules grains de poussière qui dansent dans le premier rayon de soleil reflété par la vitre de ma baie. Si je rechigne à sortir, je ne supporte pas une fenêtre fermée. Heureusement que cette fin de printemps est douce et qu’on peut espérer un été digne de ce nom ! Depuis que je suis rentré, je vis avec les portes-fenêtres ouvertes de jour comme de nuit même si, comme cette semaine, des travaux de canalisation sur le boulevard génèrent certaines nuisances. J’habite au second, heureusement. Ils sont jolis, ces grains de poussière… si légers, si fragiles, irisés par la réfraction… Ça me rappelle le kaléidoscope de mon enfance, celui que j’ai ouvert pour savoir « comment ça marche » et qui, du coup, n’a plus jamais fonctionné !
Je parcours distraitement le journal que j’ai pris dans ma boîte en rentrant de ma virée dans le parc tout proche. Attentats, joutes politiques, malversations, fermeture d’une usine… Je pourrais aussi bien relire un canard d’avant ma « parenthèse ». Rien de nouveau. J’avale deux tartines beurrés et un café après mon jus d’orange en faisant les mots fléchés de la dernière page, juste sous le bulletin météo : légères pluies en fin de journée. Clouée au sol, la poussière.

8h30 déjà. Seulement. Je vais prendre ma douche et mettre la chemise que j’ai achetée hier en rentrant de chez le toubib. Blanche à fines rayures grises, pour aller avec le pantalon en tergal léger que j’ai retrouvé dans le fond de ma penderie. J’avais bien fait de laisser quelques fringues ici. Quelqu’un, je ne sais pas qui, m’a fait parvenir par le biais de l’Ambassade mon ordinateur, des livres, des photos et quelques vêtements entassés dans une valise qui ne m’appartient pas. Aurais-je voulu remercier que je n’en ai pas eu envie. Je croise mon reflet dans la glace : un type au cuir un peu tanné – le look baroudeur semble plaire aux femmes, elle se retournent parfois sur moi – les tempes à peine dégarnies, quelques cheveux blancs – argentés, qui rassurent et donnent du chic, m’a dit le coiffeur à qui je ne demandais rien – une silhouette qui ne me fait pas encore rougir… Oui, je devrais encore pouvoir plaire…

vendredi 4 novembre 2016

La plume et le pinceau...

Notre maîtresse de cérémonie, hier soir, est restée dans le domaine de la peinture, avec Renoir que, personnellement "je kife grave" !
Il s'agit du "Déjeuner des canotiers", un tableau aux multiples personnages qui, tous, sont identifiés. Ils étaient numérotés et nous en avions  la liste, à charge pour nous de faire vivre ce tableau en pensant ou en dialoguant, selon le cas. Voilà que je suis tout à coup devenue, par tirage au sort, "le petit chien" d'Aline Charigot !
Et, de fait, le tableau s'est réellement animé, plein de pensées plus ou moins coquines, de badinages, de réflexions douces-amères et de potins parisiens...
 

   Elle est marrante, Aline, quand elle est un peu grise ! Elle me fait des "scrountch-scrountch", elle m'embrasse sur le museau et elle rit aux éclats quand je lui donne un coup de langue sur la bouche. Et depuis le temps que nous faisons ça, je commence à être pompette aussi ! Entre absinthe, rouge, blanc, rosé et petite poire, elle a les lèvres sacrément imbibées, la patronne ! 
   Quand même, je voudrais bien qu'elle me lâche un peu, je commence à en avoir marre d'avoir le postérieur posé dans son assiette, sur la part de gâteau qu'elle n'a pas terminée... En fait, je crois qu'elle a bu aujourd'hui pour oublier qu'Auguste va voir ailleurs, depuis quelques temps. Elle s'est mise en bout de table sous le prétexte que j'ai besoin de me dégourdir les pattes de temps en temps, mais je suis un alibi bien pratique pour l'éloigner de son jules et de sa nouvelle conquête.
   Et que je te secoue, et que je te tasse l'arrière-train dans la crème au beurre... Je ne vais pas tarder à grogner et à retrousser les babines, moi ! Pas pour la mordre, bien sûr, mais qu'elle me lâche, nom d'un chat ! Et puis j'ai envie de pisser, et si je ne peux plus me retenir et que je mouille sa robe, elle va se mettre à pleurer, cette grande marmule d'Hippolyte va se moquer d'elle, ça va dégénérer et foutre l'ambiance en l'air !
   En même temps, je pourrai m'éclipser, ni vu ni connu... J'irais bien piquer une tête dans la Seine, ça me rafraîchirait les idées et me nettoierait le poil... Et puis je me sens un peu ballonné avec tout ce qu'on m'a filé sous la table...
   C'est tous les dimanches pareil : ils dansent, ils boivent, ils mangent, ils refont le monde, parlent d'art, de politique, s'aiment, se détestent mais finalement ne se quittent jamais. Ca piaille ou ça chuchote, ça s'embrasse dans les coins sombres, et moi ils me prennent pour un jouet en peluche, ou une poupée, un bébé aussi, parfois, j'ai l'impression... Vivement ce soir que je retrouve mon panier.
   Bon, allez, maintenant ça suffit ! Tu me lâches ou je leur perce les oreilles avec mes aboiements les plus aigus !


lundi 31 octobre 2016

Question de couleurs

Notre dernier atelier a été très coloré ! Nous avons commencé par une courte phrase sur ce que représentaient pour nous, sur le moment, les couleurs élémentaires d'abord, secondaires ensuite (en évoquant le mélange dont elles sont issues). Que je vous raconte mes divagations...

BLEU : Je suis le pistil de la pervenche, calice de mon parfum.

JAUNE : Citronnier, pourquoi tes fleurs blanches donnent-elles des fruits jaunes ?

ROUGE : Voile rouge de la colère qui monte et enfle, voile rouge sur ta poitrine. Adieu…

VERT : Visage dépité de l’enfant qui a peint le ciel trop près de la plage… Regarde, tu as créé la mer !

ORANGE : Dans la lumière dorée, qu’il est frais le jus de l’orange sanguine !

VIOLET : Paraphe à l’encre bleue,
                   Sentence d’un crime de sang,
                   Trace violette de la corde sur le cou.

* Nous devions ensuite raconter l'arc-en-ciel à un enfant : 

Vois les grandes flaques après la pluie… Le soleil pointe, il voudrait sortir et pousser la lourde tenture grise, si triste ! Mais s’il se mouille les pieds, il risque de s’éteindre… Alors les oiseaux, ceux que tu as vu raser le sol tout à l’heure, ramassent des lambeaux de ciel bleu, cueillent ici un coquelicot, là une jonquille, quelques brins d’herbe tendre. La violette leur offre ses pétales et le souci, qui s’en fait toujours beaucoup, un peu de sa collerette. Et les oiseaux tissent la plus jolie, la plus aérienne des passerelles pour que l’astre d’or traverse son royaume.
Quoi ? Tu n’en vois qu’un petit bout ? C’est parce que tu es sur le côté de la scène ! Mais tu sais quoi ? De l’autre côté des nuages, il y a un autre enfant qui voit l’autre bout du pont !

* Enfin, et pourquoi pas, il était logique que nous bavardions avec un peintre au sujet d'une (reproduction de) toile choisie dans ce qui était proposé...
 


Je sais, Bernard, que derrière tous ces clowns que tu peins il y a toi, tes doutes et tes angoisses, ta crainte du regard des autres. Au début, tu ressemblais étrangement à tes compositions, joues creuses et visages allongés. Mais aujourd’hui, tu as du trouver ton équilibre ? Et tu t’es quelque peu empâté, alourdi ! Pourquoi tes personnages sont-ils restés anguleux, incisifs ? Et celui-ci ! Avec un tel nœud pap’ il va nous jouer les hélicoptères ! Non, ne hausse pas les sourcils comme ça, tu vas m’intimider ! Déjà que tu me regardes fixement à travers ton tableau, comme si j’avais une verrue sur la joue ! Tiens, je vois que je viens de te donner une idée ?! Deux verrues ? Tu es sûr ? Attention, ton clown va finir par faire peur aux enfants, et tu sais que, sans eux, les parents ne traîneront pas par ici… J’en reviens au nœud : ne serait-ce point Annabel qui te l’a suggéré ? De grandes boucles d’organza, comme sur les robes des grands couturiers… Désolée pour toi, mais moi j’y vois sa patte !
Pourquoi lui as-tu mis ce chapeau ? Haut-de-forme-cheminée pour cerveau en ébullition ou chapeau claque à colombes blanches qui s’envoleront quand il saluera ? Je sais, je t’énerve avec toutes mes réflexions, mais tu es suffisamment poli pour ne pas me dire qu’elles sont saugrenues… Ça y est ? Tu as fini ? Tu signes tes toiles comme tu griffes la vie !




lundi 24 octobre 2016

Nous nous cherchions

Voilà un bail que je n'avais pas trouvé pris le temps d'aller chez Mil et Une...




Chacun a recollé
Les morceaux de sa vie
Les éclats de son coeur
Et fragile s'est reconstruit
En espérant une autre chance.
Ainsi, emboîtant nos différences
Et gommant les brisures
Nous vivons au diapason
Ce qu'il nous reste d'existence
L'un à l'autre accrochés.
Et quand il faudra bien
Pourtant un jour se séparer
Contre ta bouche et lèvres closes
C’est mon amour que je dirai.


*