mardi 12 décembre 2017

Week-end

Vous verrez qu'une fois de plus je suis "autre", pour ce voyage que deux personnages doivent préparer la veille, avec obligation à un certain moment d'utiliser les mots : carnet d'adresses, stylo et liste des courses...

dimanche 10 décembre 2017

Le temps perdu

Le thème de l'atelier de ce jour-là était : "le temps", celui que nous avons... ou pas.
Pour le premier exercice, il fallait utiliser "sous l'ombre de..." avec un adjectif décalé.


vendredi 8 décembre 2017

Destination rêve

Juste écrire un court texte, autour de l'extrait du poème "Là-bas"...



L’autre jour, en rentrant chez moi, j’ai vu, dans la vitrine de l’agence de tourisme du bout de la rue, une immense affiche qui étalait de l’or sur un bleu intense griffé de bambous verts et de mouettes blanches.

Cela a fait comme un éclair dans la grisaille de cette fin d’après-midi : là, devant mes yeux, il y avait un monde féerique, une terre de soleil, une promesse de plaisirs ; cette affiche était un passeport pour le rêve, un antidote à la tristesse de l’hiver, et je restai là, sur le trottoir brillant de la dernière pluie, sous les néons qui commençaient à zébrer la nuit naissante, et du fond de ma mémoire remontait ce souvenir d’école, ce poème de Vehaeren qui, déjà, me faisait franchir les murs de la classe :

« … des îles de nacre et des plages d’argent

Et des perles et des coraux et le bougeant

Saphir des étoiles, à travers les feuillages,

Et de roses odeurs et des roses de lait… »



Alors, sans plus réfléchir, j’ai poussé la porte et déclaré à la blonde derrière le comptoir, en pointant la photo du doigt : « Je veux aller là ! »


mercredi 6 décembre 2017

Libre(s)

Ce soir-là, il fallait s'imaginer en animal. Il arrive à cet animal de vouloir être un humain. Enfin imaginer un tête-à-tête entre l'animal que nous étions et l'homme qu'il souhaitait devenir.



Regardez-moi, je vole… Mieux, je plane, très haut au-dessus des cimes, là où la neige étincelle…
Dans l’air bleu et vibrant, j’étends mes ailes et me laisse porter. Que le monde est petit, dessous : le point rouge du village aux toits de tuiles, la rayure brune du rio au fond du canyon… Ne me parlez pas des hommes, je les ignore… Je vole.
Ils ont fait de moi un symbole, m’ont fait marcher en tête de leurs légions, m’ont crucifié sur leurs drapeaux. Je ne leur en veux pas, même si mes ancêtres y ont laissé quelques plumes dont certains se sont parés !
Moi, je règne sur le ciel. Je ne suis pas plus cruel que vous. Plus libre, sûrement. Je suis un aigle.
Parfois, pourtant, j’aimerais être l’un des vôtres. Mais lequel ? Vous passez votre temps à vous quereller, vous disputer le temps, l’argent, l’espace… Vous ne savez pas vivre, tout simplement. Ou peut-être… Oui, peut-être celui-ci, qui largue les amarres, laisse derrière lui les chaînes du quotidien, la pâle froideur de la routine et s’en va, vierge de son avenir, les yeux ouverts sur un futur qu’il va se forger, un aventurier, un baroudeur, un explorateur, un homme qui s’émerveille à chaque instant de vivre et de regarder vivre, qui apportera du rêve et empochera des souvenirs. Tant qu’à être un homme, être libre !

Libre ! Mot magique, mot mythique, mot leurre, mot mensonge…
Un jour la vie vous rogne les ailes, coupe votre élan, vous tombez sur plus fort que vous, ou plus vicieux, ou tellement plus faible qu’il vous faut renoncer à vous éloigner.
Et nous voici tous les deux, de chaque côté de cette grille. Pour l’un l’espace se limite à un plafond de béton gris, pour l’autre il monte à l’infini au-dessus des marronniers, se glisse entre les nuages, mais pour les deux la liberté n’est plus qu’un souvenir.

En toi, l’homme, j’ai le sentiment de respirer les grands espaces de ma jeunesse, la détermination farouche de ne dépendre de personne. Dans ton œil je vois des horizons lointains, une envie de voler, de t’envoler. Que fais-tu sur ce banc, homme qui me ressemble ?

Toi, l’oiseau, comment a-t-on pu te mettre en cage ? Tu as à peine la place de déplier tes ailes. Seul ton regard impose encore le respect. Je me retrouve en toi, comme toi enchaîné à la vie, celle des autres, celle de l’autre qui a supplié que je revienne… L’aventure est finie, l’oiseau. Mais je reviendrai te voir, tu me ressembles !


dimanche 3 décembre 2017

Sueurs froides

Les consignes de cet atelier et sa conclusion sont les premiers mots de chacun des trois paragraphes. A nos imaginations "tordues" de faire le reste !




Le silence régnait sur les lieux… La mort et la désolation aussi. Tout, autour de lui, n’était que ruines, gravats… Le ciel lui-même avait rejoint la terre dans sa couleur. L’ocre, le noir, le gris, étaient les seules harmonies de cette palette lugubre. Partant, il lui semblait aussi mesurer ses gestes, tant il avait peur du non-bruit qui l’entourait, le cernait, l’emprisonnait. Il lui semblait que la moindre ampleur de mouvement l’entraînerait dans un abîme où il serait seul à se débattre. Depuis plus d’une heure qu’il avait ouvert les yeux sur cette vision d’apocalypse, il n’avait perçu aucune trace de vie, qu’elle soit humaine, animale ou végétale. Et l’angoisse montait en lui comme une vase qui annihilait ses sens. Déjà sa gorge se nouait et il était sûr de ne pouvoir pas même émettre un soupir…

Le calme du cimetière était encore plus impressionnant dans cet univers démentiel. On aurait pu s’attendre à voir les squelettes émerger des sépultures éventrées, des os blanchis entrelacés aux ferrailles rouillées des ornements. Le décor était parfait pour une gigantesque danse macabre. Mais rien… Et encore moins que rien, si cela était possible. Ce n’était pas un silence de circonstance, ou un silence de recueillement. Il se souvenait de certains silences qu’il avait appréciés par-dessus tout, dans la douceur d’une chevelure après l’amour, ou dans cet instant fragile qui suit le point d’orgue d’une symphonie. Ces silences-là parlaient, avaient de l’épaisseur. Mais ce dans quoi il était à présent était d’une autre sorte, indéfinissable parce qu’inconnue. Il frissonna même en réalisant qu’il avait mentalement employé le terme de « calme » en regardant ce lieu bouleversé où, hier encore, ou était-ce tout à l’heure, il aimait venir se retrouver et lâcher la bride à son esprit saturé des choses du quotidien… Car avant cette horreur, le domaine des morts était un lieu privilégié pour méditer sur la vie. Les dalles blanches à l’ombre des saules ressemblaient à des pas japonais menant à un jardin d’éternité… Mais brusquement, aujourd’hui, l’éternité avait un autre visage, aux yeux creux, à l’énorme bouche béante, prête à engloutir le dernier déchet d’Humanité qu’il représentait. Il se disait que ça n’allait pas durer longtemps. Son cœur ne garderait pas à exploser.

C’est alors qu’il découvrit, au bout de sa chaussure, un trou dans la terre, de la largeur de son pouce. Il n’aurait su dire pourquoi la chose avait capté son attention alors qu’il était au cœur d’une multitude de trous bien plus grands. Il se baissa pour observer. Des trous comme celui-ci, il savait que ça allait par deux : les entrées d’un nid de guêpes. Il aimait les voir dessiner leur ballet géométrique, à midi, pour indiquer la piste des pollens, ou les regarder, le soir, rentrer les unes après les autres, la dernière faisant un large tour au dessus du repaire, comme pour s’assurer qu’il n’y avait pas de traînards, dans un vrombissement entêtant. Il commença à écarter doucement la terre, puis creusa au plus profond de la galerie pentue. Il dégageait de petits cadavres rayés de jaune, seules taches de couleur désormais. Il avançait doucement, sans réfléchir à ce qu’il faisait. De toute façon, ça n’avait plus aucune importance… Et tout à coup il suspendit son geste : là, au fond du conduit, un frémissement, un tremblement, une aile minuscule, puis une patte crochue et, avant qu’il ait pu réagir, une guêpe, LA guêpe, sortit en zigzagant des débris de son nid.

Les manchettes des journaux du lendemain titraient : « Pris d’hallucinations, un fossoyeur tue un agent de la Compagnie des Eaux occupé au nettoyage d’un regard. Le meurtrier qui, pour une raison encore inexpliquée, sortait d’un chantier de démolition, se prétend le dernier survivant de la race humaine. »


vendredi 1 décembre 2017

1er décembre

Ce matin, j'ai eu la surprise de voir débarquer ma fille avec ce coffret dans les mains :


Un calendrier de l'Avent ! Pour moi ! Mon premier ! Comme quoi tout arrive...
A midi, au moment du petit café, j'ai ouvert le premier sachet : il contenait un gros biscuit à la cannelle fait par l'aînée de mes petites filles. Je l'ai apprécié avec mon thé de l'après-midi :


Encore 23 petites attentions à découvrir... Je retombe en enfance. Retour vers le futur !

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mercredi 29 novembre 2017

Au fil de l'eau

Avec l'eau comme fil conducteur, il fallait parler du pont d'Avignon, du pont Mirabeau et finir sur le pont...



Un petit coin d’herbe fraîche, quelques chants d’oiseaux, un doux soleil de mai… Quel cadre enchanteur pour rêvasser au bord de la rivière… Sur une feuille, une libellule se pose doucement et surfe au gré des clapotis, entre les galets. Une grenouille paresseuse montre le bout du museau, juste le temps de happer un moucheron. Un bousier pousse à reculons sa récolte, reprenant son élan à chaque obstacle. Les éclats du soleil sur le miroir de l’eau se brisent et rebondissent, comme un collier de diamants brisé. Dans la faible profondeur du ruisseau, les herbes se courbent comme une chevelure peignée à l’infini. La pensée file au gré du courant, l’esprit s’alanguit, la torpeur arrive, insidieuse.

Et voguent les idées… Plus de contraintes, le temps est aboli. C’était quand, la dernière fois que je me suis réservée un petit coin d’éternité ? Il a fallu ce repos forcé, cette vieille douleur brusquement réveillée pour que je puisse à nouveau goûter au plaisir de ne rien faire. La mémoire est une boîte à souvenirs mystérieuse, elle livre en vrac des souvenirs enfouis… Ma première robe longue, ton sourire, les tortues que nous prenions dans les trous d’eau, le gâteau au citron de la semaine dernière, qui avait un goût d’enfance, les images des tablettes de chocolat que je collais sur l’album, celui des rondes enfantines où Cadet Roussel voisinait avec les belles dames sur le pont d’Avignon, le bouquet de roses que j’ai trouvé ce matin, sur la table de la cuisine… Souvenirs d’hier, souvenirs de demain chante l’eau qui ruisselle et cascade.

Rappelle-toi notre dernier rendez-vous, en octobre. Sur les quais l’automne commençait à rouiller les feuilles des platanes ; des enfants faisaient des ricochets sur la Seine, sous le pont Mirabeau les amoureux n’étaient pas seuls au monde. Il montait de l’eau une odeur un peu fade, et les traînées grasses dans le sillage des péniches n’avaient rien de vraiment poétique sous le soleil blafard. Puis la nuit est venue, les bruits se sont feutrés et la ville a mis son habit de lumières. Les bateaux mouches ont semé des éclairs sur le ruban noir de l’eau et, sous le pont, un accordéon a déplié sa mélodie.

Un papillon vient se poser tout près de moi. Sur une pierre chaude un lézard hiératique semble minéralisé. Le temps paraît avoir suspendu son cours. Pendant ma rêverie, une araignée a tissé sa toile entre deux ombelles. Les fils de soie tremblent dans la brise et, allez savoir pourquoi, je revoie tout ce monde sur le pont du bateau qui, lentement, quitte son berceau pour ses fiançailles avec la mer. La tache de champagne brille encore sur l’étrave et des flots de rubans semblent encore vouloir le retenir au port. Ce petit point qui s’éloigne, là-haut, c’est toi…